Réforme des règles de l’assurance chômage : faisons le point

Pour la troisième fois en cinq ans, Emmanuel Macron envisage de modifier le régime de l’assurance-chômage, avec des mesures telles que le durcissement des conditions d’admissibilité, la réduction de la période d’indemnisation et l’augmentation de l’âge pour bénéficier d’une allocation prolongée pour les seniors. Cette réforme, annoncée après des discussions avec les syndicats et le patronat, a été confirmée par Gabriel Attal le 26 mai 2024. Le Premier ministre a dévoilé les détails dans une interview accordée à La Tribune, soulignant l’objectif de stimuler l’emploi en France. Prévue pour entrer en vigueur le 1er décembre 2024, elle sera officiellement mise en place via un décret signé par le Premier ministre le 1er juillet 2024.

Conditions d’ouverture des droits et durée d’indemnisation

Auparavant, il fallait justifier de six mois (910 heures) de travail au cours des vingt-quatre derniers mois pour être indemnisé. Désormais, il faudra avoir travaillé huit mois sur les vingt derniers mois pour bénéficier des allocations chômage. Pour les personnes âgées de plus de 57 ans, la période de référence sera étendue à trente mois[1].

La durée maximale d’indemnisation passera de dix-huit mois à quinze mois. Cette réduction découle du principe de « contracyclicité », qui ajuste la durée d’indemnisation en fonction du taux de chômage. Ce concept, vivement contesté par les syndicats, est plutôt simple à comprendre : il implique la réduction des droits des chômeurs lorsque les opportunités d’emploi sont nombreuses, arguant que les règles d’indemnisation doivent être plus incitatives. À l’inverse, ces droits seraient améliorés (plus protecteurs) en période de crise. Actuellement, le taux de chômage est de 7,5 %. Si le taux de chômage descend en-dessous de 6,5 %, le gouvernement renforcera encore la modulation[2].

 

Conséquences pour les plus précaires

Les jeunes entrant sur le marché du travail ainsi que ceux travaillant de manière intermittente, tels que les saisonniers, les étudiants employés l’été ou les intérimaires, seront parmi les plus impactés par la réforme proposée. Devoir travailler huit mois sur les vingt derniers pour être éligible à une indemnisation, aura un impact significatif sur les nouveaux demandeurs d’emploi.

Selon Bruno Coquet, chercheur à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), cette réforme risque d’exclure les jeunes saisonniers et ceux éloignés du marché du travail. Il estime que cette mesure, visant à renflouer les finances publiques, pourrait également nuire aux jeunes en début de carrière, alors que l’assurance-chômage devrait leur fournir un soutien financier pendant leur recherche d’emploi pour les aider à accéder à un emploi stable[3].

Conséquences pour les bénéficiaires qui ont perdu leur emploi

Le Premier ministre s’est félicité de cette réforme, la qualifiant de moteur pour la création continue d’emplois dans le pays. Cependant, les syndicats expriment leurs inquiétudes quant à l’impact négatif que ce nouveau durcissement pourrait avoir sur l’ensemble des bénéficiaires, notamment sur ceux venant de perdre leur emploi. En plus des critères plus stricts pour l’ouverture des droits, la réforme entraînera une réduction de la durée d’indemnisation des bénéficiaires de l’assurance chômage.

Mathieu Grégoire, professeur à l’université de Paris-Nanterre et spécialiste des questions liées à l’assurance-chômage, souligne que cette réforme est notable car elle affectera l’ensemble des salariés perdant un emploi stable, avec une réduction à quinze mois. Auparavant, seuls les travailleurs intermittents et les jeunes étaient principalement visés par de telles mesures[4].

 

Conséquences pour les séniors

Malgré l’absence d’accord entre les partenaires sociaux sur l’emploi des seniors, le gouvernement a décidé de porter l’âge permettant de bénéficier d’une allocation prolongée à 57 ans, en réponse au report de l’âge légal de départ à la retraite de deux ans. Par conséquent, la durée d’indemnisation maximale pour les demandeurs d’emploi âgés de 57 ans et plus sera réduite de vingt-sept à vingt-deux mois et demi.

En contrepartie, le Premier ministre a annoncé la mise en place d’un « bonus emploi senior ». Selon Gabriel Attal, cette mesure permettra à « un senior au chômage qui retrouve un emploi moins rémunéré que son précédent de cumuler son nouveau salaire avec son allocation-chômage », lui permettant ainsi de maintenir son revenu initial pendant un an. Bien que Catherine Vautrin ait initialement déclaré que ce complément de l’assurance-chômage couvrirait les salaires jusqu’à 3 000 euros, le ministère du Travail a indiqué à France info qu’il n’y aurait pas de plafonnement pour ce bonus emploi senior.

Cette initiative est critiquée par les syndicats, qui la considèrent comme une faveur accordée aux employeurs, exprimant leurs inquiétudes quant à cette nouvelle réforme de l’assurance-chômage pour les travailleurs seniors. L’Union syndicale Solidaires souligne sa « brutalité absolue » envers les seniors, tandis que la CFTC craint, selon des déclarations à l’AFP, que les seniors ne se retrouvent « massivement renvoyés au RSA »[5].

 

Votre reconversion est tout de même possible, lancez-vous !

Malgré les changements proposés dans la réforme de l’assurance chômage, la reconversion professionnelle demeure une possibilité viable et prometteuse. Les nouvelles mesures ne doivent pas décourager ceux qui envisagent de changer de carrière.

On peut voir ces réformes comme une incitation à explorer des secteurs en croissance, à acquérir de nouvelles compétences et à se réinventer. Les dispositifs d’accompagnement et de formation sont nombreux et accessibles, offrant ainsi un soutien pour ceux qui souhaitent entreprendre ce tournant important dans leur vie professionnelle. Se lancer dans une reconversion, c’est investir en soi-même et préparer un avenir professionnel plus enrichissant et épanouissant.

 

Quelques conseils :

Commencez par faire le point sur vos compétences actuelles et identifiez celles qui peuvent être transférables à un nouveau domaine. Des bilans de compétences peuvent vous aider à clarifier vos atouts et vos aspirations professionnelles. Puis, informez-vous sur les secteurs en croissance et les métiers porteurs. Internet, les salons de l’emploi, et les rencontres avec des professionnels peuvent être des sources précieuses d’information. Et enfin, sollicitez l’aide de conseillers en orientation professionnelle ou de coachs de carrière qui peuvent vous guider tout au long du processus de reconversion.

[1]https://www.francetransactions.com/actus/actualites-socio-economiques/chomage-nouvelles-conditions-decembre-2024.html

[2]https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/ille-et-vilaine/rennes/reforme-de-l-assurance-chomage-la-vraie-incitation-c-est-de-rendre-l-emploi-desirable-2976338.html

[3]https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/chomage/reforme-de-l-assurance-chomage-pourquoi-les-jeunes-les-precaires-et-les-seniors-sont-ceux-qui-ont-le-plus-a-perdre_6568559.html

[4]https://www.humanite.fr/social-et-economie/assurance-chomage/chomage-les-precaires-sont-bien-les-leses-des-nouvelles-regles

[5]https://www.capital.fr/votre-carriere/chomage-des-seniors-nouvelle-alerte-sur-leur-risque-dexclusion-du-marche-du-travail-1497457 https://www.capital.fr/votre-carriere/chomage-des-seniors-nouvelle-alerte-sur-leur-risque-dexclusion-du-marche-du-travail-1497457

 

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